Réduire la pression : 11 choses que vous n’êtes pas obligée de faire.

Etes-vous sous pression ? Oui forcément un peu. On est toutes toujours un peu sous pression. Sinon on s’ennuie : ) Le problème, c’est qu’il y a la bonne pression et la mauvaise pression : la première nous libère alors que la seconde nous stresse.

La bonne pression nous oblige à anticiper et à planifier pour être efficace à long terme. Et en général ça marche. On a fait ce qu’on avait à faire, on l’a bien fait et… on l’a même fait avec le sourire. La mauvaise pression, elle, nous pousse dans la précipitation, elle nous contraint à improviser, à faire des choix qu’on n’assume pas (dessin animé, plats industriels pré-cuisinés, cris irritabilité, etc…) et ne  garantit des résultats qu’à court terme.

Je n’ai pas de recette miraculeuse contre la pression, si ce n’est de l’organisation dans les domaines qu’on aime le moins (repas, ménage ou linge, il faut se faire violence) et beaucoup de simplification dans le reste.

Quand on pratique l’école à la maison, on a tendance à « se mettre une pression » supplémentaire. On imagine que ce choix d’instruction nous oblige à faire certaines choses. En voici au moins 11 que vous n’êtes pas absolument obligée de faire et qui peuvent contribuer à diminuer la pression que vous vous êtes mise, au moins pour cette année :

1. Vous n’êtes pas obligée d’inscrire votre enfant à des activités extrascolaires.

En maternelle, il est bien trop petit pour être inscrit à quoique ce soit. Mais même à partir du CP, il n’est pas indispensable qu’il ait une activité physique ou musicale ou quoique ce soit d’autre, même le scoutisme on pourrait en discuter. A vous de juger si c’est vraiment important parce qu’il y aurait un talent à faire fructifier ou parce que cela aurait un lien avec votre culture familiale, une mère musicienne, peintre ou un père rugbyman, chasseur par exemple …(personnellement j’ai fait 7 ans de danse classique… ça ne m’a servi à rien, absolument rien, ni dans ma jeunesse, ni plus tard). Je modère cependant ce premier point en précisant que si vous habitez en ville, sans jardin, oui c’est sûr, essayez de sortir votre enfant (mais franchement qu’attendez-vous pour déménager ?). Dans mon cas, je vis en rase campagne et que je considère ce cadre parfaitement adapté et largement suffisant à l’épanouissement d’un enfant.

2. Vous n’êtes pas obligée de l’occuper en permanence dans la maison

On n’est pas obligé de vivre une journée à 200 km/h, sans interruption. C’est bien de temps en temps qu’il y ait des temps morts. Votre enfant vous a-t-il déjà dit « Maman, je m’ennuie » ? Si oui, c’est tant mieux, si non c’est dommage. L’ennui devrait être un droit fondamental de l’enfant. Lui proposer une activité toutes les demi-heures, c’est le priver de ces temps d’hésitation ou de flottements. Il a aussi le droit de chercher tout seul, d’explorer. Rappelez-vous que ce que votre enfant aime par-dessus tout, c’est être avec vous tout simplement. Vous restez disponible, vous vaquez à vos occupations tout en le guidant « tiens tu pourrais faire ceci ou cela » ou « si tu m’aides à finir cela, après ensemble on pourrait ceci ou cela ». Et si l’enfant refuse vos propositions (ça arrive), vous pouvez conclure, très sérieusement même s’il n’a que 3 ans, « prends un livre ». Et s’il ne sait pas lire  « tu regardes chaque image ». Je constate que l’ennui est un très bon moteur pour la lecture plus tard. Et pour la réflexion. S’il s’ennuie, il lira et s’il lit, il réfléchira. Je vous avais déjà parlé de livres ici, mais il s’agissait plus de lectures par un adulte alors que là je fais allusion à des livres plus vivants, participatifs, du style ancien imagier du père castor (chez Flammarion).

3. Vous n’êtes pas obligée d’aller voir le plus de familles possibles pour sa vie sociale.

Répétons encore et encore, votre enfant se sociabilisera normalement à son rythme. Les amitiés et les affinités naîtront plus tard et se compteront sur les doigts d’une main. Il n’a pas besoin d’avoir une quinzaine de camarades pour jouer aux petites voitures ou à cache-cache. Qu’il joue déjà avec sa fratrie, même si celle-ci n’est composée (pour l’instant) que d’un bébé de 6 mois. En plus vous allez perdre votre temps à visiter tout ce monde. Les conversations de mamans au milieu des enfants sont rarement de qualité. En cas de souci, il vaut mieux un coup de fil prolongé dans la soirée quand les petits sont endormis.

4. Vous n’êtes pas obligée de vous transformer en ambassadrice militante de l’école à la maison.

Nous n’avez pas à répondre à toutes les questions dont vous assaille votre entourage (« Mais t’es sûre que …. ? T’as pas peur que … ? Et plus tard si … ? Tu crois que … ? Et jusqu’à quel âge tu … ? etc, etc, etc…) Vous n’avez pas à justifier votre choix ou à vous défendre de quoique ce soit. Vous n’êtes coupable de rien. Ne laissez pas vos parents ou beaux-parents inverser les rôles : c’est l’école qui ne fait pas son boulot, pas vous. Vous, au contraire, vous faites tout ce que vous pouvez pour pallier ses défaillances. Votre école à la maison, ce n’est peut-être pas parfait mais c’est MIEUX. Et vous n’avez pas à prouver à la société les bienfaits de ce mode d’instruction alternatif. Ce n’est pas votre rôle. Sauf si vous sentez vous aussi, au bout de quelques années, le désir très fort de partager votre expérience positive sur un blog personnel : ) …

5. Vous n’êtes pas obligée de faire une pause le mercredi.

En fait, si vous répartissez le travail sur 5 jours, c’est beaucoup moins fatiguant que de le concentrer sur 4 jours, avec une pause devenue indispensable dans ce cas mais qui casse la progression des apprentissages. Ça donne cela pour une grande section ou un CP:

  • lundi, il découvre une nouvelle lettre,
  • mardi vous consolidez l’apprentissage,
  • mercredi il oublie tout,
  • jeudi vous devez lui rappeler la lettre
  • vendredi vous confirmez enfin cet apprentissage.

Reprenons l’exemple en travaillant le mercredi cette fois-ci :

  • lundi, il découvre une nouvelle lettre,
  • mardi vous consolidez l’apprentissage,
  • mercredi, vous ajoutez une 2ème lettre (tout en relisant la 1ère)
  • jeudi vous confirmez cette 2ème lettre (tout en relisant la 1ère)
  • vendredi vous pouvez faire une révision approfondie des 2 lettres qui sont bien ancrées dans sa petite tête.

Chacune sa méthode et son emploi du temps mais sincèrement si vous deviez apprendre une langue étrangère cette année, est-ce que vous ne la pratiqueriez pas un peu tous les jours ? Le « un petit peu chaque jour » a toujours été la meilleure méthode : régularité et progression. D’ailleurs, vous n’êtes pas non plus obligée de prendre 2 semaines de vacances à la Toussaint. Les petits oublient vite les apprentissages, de trop longues pauses ne leur rendent pas service.

6. Vous n’êtes pas obligée de sacrifier votre samedi en « rattrapant » le retard accumulé dans la semaine (tâches ménagères, rendez-vous de médecin, courses, etc)

C’est excellent de donner toute son énergie sur l’école à la maison pendant la semaine mais cela ne signifie pas qu’il faille négliger tout le reste. Le bon Dieu ne vous demande pas l’impossible. Baissez les objectifs (ou levez-vous 1/2 heure plus tôt) si certaines tâches quotidiennes ne « tiennent » pas dans les cases de votre emploi du temps. En une journée, on devrait pouvoir préparer les repas du jour, gérer une machine de linge (=laver+étendre, plier et ranger la précédente), faire 15 mn de ménage + 15 mn de rangement, aller chercher ses courses au drive (merci le XXIème siècle) et assurer l’instruction. C’est pas toujours évident mais à force de pratique, on y arrive. Concernant les rendez-vous de médecin, prenez-les sur le temps d’école. On a le droit d’être malade. Tant pis si ça décale le programme. C’est moins grave que de se retrouver à la fin de la journée avec le salon en vrac, les machines qui attendent, le repas qui n’est pas pas prêt, les petits énervés. Avec l’instruction à domicile, vous aurez besoin de souffler le samedi (ne comptez pas trop sur le dimanche pour vous reposer). Donc on hésite pas et on fait une pause. Le samedi, c’est déjà bien assez de travail que d’assurer la journée + d’anticiper celle du lendemain. Si je devais résumer l’emploi de cette journée là, je dirais que le samedi  est une pause qui sert à anticiper intellectuellement la semaine qui arrive, pas à rattraper concrètement celle qui est passée. Pareil pour les vacances : tournées vers le futur. Essayez de l’envisager ainsi, vous verrez que c’est beaucoup plus motivant.

7. Vous n’êtes pas obligée d’attendre la période hormonale idéale

Oui, l’école à la maison est compatible avec le fait d’être enceinte, d’allaiter ou d’être tout simplement fatiguée. Vous n’êtes pas obligée d’être en pleine forme pour démarrer. [En revanche, vous modérez le point précédent : les semaines improductives se succéderont les unes aux autres, la maison sera en bazar, les repas ne seront pas « healthy » et le fer à repasser sera juste décoratif. C’est le temps du relativisme où on accepte d’être une personne à mobilité réduite.] Ce sera un peu difficile, intellectuellement et physiquement vous pourrez parfois vous sentir vidée. Mais ce ne sera pas plus fatiguant que d’assurer des trajets quotidiens pour l’école. En cas d’extrême fatigue (grossesses rapprochées, bébé qui ne fait pas ses nuits),c’est vrai que le résultat scolaire ne sera pas aussi bien que si vous aviez été en pleine forme. Mais il sera rarement en-dessous de celui qui aurait été obtenu à l’école. Très franchement, il m’est arrivé une fois de complètement « rater » une année scolaire (« rater » selon mes critères). Complètement, c’est-à-dire que cela a décalé mes grands sur la rentrée suivante, et que mon CP ne lisait pas « fluently » dans l’été qui a suivi. C’était dommage mais pas dramatique. Il se trouve qu’il avait besoin de plus temps lui aussi. Si vous êtes dans une situation similaire, surtout tenez bon : ) , ne perdez pas de vue que cette période pénible a une fin, ça peut durer plusieurs mois mais cela aura une fin. Dans un an, vous aurez retrouvé l’énergie de vos 20 ans, votre intérieur sera à nouveau agréable et vous serez sur-motivée pour une année supplémentaire d’instruction à la maison. Pour l’instant, dormez le plus possible, essayez d’assurer le minimum, le suffisant. D’autres vous ont certainement conseillé de mettre les plus petits en garderie, de trouver une nounou, d’avoir une jeune fille au pair, de scolariser votre enfant au moins un an le temps de vous reposer. Ce sont de sages conseils, vous pouvez faire tout cela. Le problème c’est qu’il faudrait quelques billets pour accompagner ces bons conseils, n’est-ce pas ?

8. Vous n’êtes pas obligée de « faire l’école »… à la maison justement.

Vous n’êtes pas obligée d’acheter tout le matériel pédagogique que l’on vous conseille sur les sites internet. Je pense par exemple au cartable, à la cloche, au bureau, aux multiples affiches ou bien à la pâte à modeler, à la feutrine, à la peinture au doigt, aux feuilles Canson colorées, à tout le petit bricolage de maternelle. Plus vous en aurez, plus vous vous éparpillerez. Par exemple, cette année pour changer j’ai essayé un autre modèle de boulier. Erreur : les petits avaient vu les grands se servir de l’autre, ils ne comprennent pas ce que j’attends d’eux avec le nouveau modèle, d’ailleurs moi non plus je ne sais pas. Le plus gros piège, c’est celui-là : vouloir reproduire chez soi le schéma de l’école. Ne transformez pas votre salon en salle de classe juste pour un ou deux enfants. A partir de 3 enfants, oui un espace dédié est bienvenu. Mais à notre époque, rares sont ceux qui ont une salle libre, qui ne sert à rien… (bien souvent c’est le séjour, pièce centrale et lumineuse, qui sera sacrifié). Faites simple. Une bonne étagère, des tours à tiroirs, des pots à crayons, c’est déjà bien pour rassembler les affaires d’école.

9. Vous n’êtes pas obligée de jouer à la maîtresse.

Ce n’est pas parce que vous avez cette casquette supplémentaire qu’il faut surjouer votre rôle. Vous n’avez pas 25 élèves à gérer. Vous n’êtes pas obligée de parler fort, de faire des grands sourires ou de « maniérer » vos façons. Est-ce que vous vous comportez comme un chef cuisinier quand vous faites cuire les pâtes ? Restons naturelles tout en agissant consciencieusement. Si vous êtes plutôt exigeante, vous adoucirez le ton, si vous êtes plutôt indulgente, vous tâcherez d’être plus ferme. Il s’agit d’une attitude globale. Je crois qu’il vaut mieux essayer de devenir une mère éducatrice dans son sens large (l’exemplarité… vaste programme je vous l’accorde) que d’imiter la maîtresse juste pendant les heures de cours.

10. Vous n’êtes pas obligée de le réveiller tôt.

Encore une pression que l’on se met du genre « s’il allait à l’école comme ses petits camarades, il faudrait bien qu’il apprenne à se lever ». Stop ! S’il est en maternelle, c’est tout le contraire : ce sont ses petits camarades qui devraient dormir au lieu de se retrouver au milieu du brouhaha dès 8h45. Ce sont ses petits camarades qui devraient petit-déjeuner lentement plutôt que de se retrouver dans les transports avec du lait tiède à peine atterri en bas de l’œsophage. Ce sont ses petits camarades qui devraient déjeuner dans le calme plutôt que de supporter le bruit infernal des cris et des couverts sur les assiettes (demandez donc à un pédiatre ce qu’il pense de la cantine). Etc. Cela ne veut pas dire qu’il faut commencer les activités à 10h du matin. Cela veut dire qu’il faut respecter son rythme. Si votre petit est matinal, vous pouvez commencer à 8 heures. Mais s’il est fatigué, malade ou tout simplement gros dormeur, laissez-le dormir. Sans oublier que respecter le sommeil  d’un enfant, c’est d’abord le coucher tôt. Quand le soleil est couché, le petit d’homme devrait l’être aussi. D’ailleurs, profitez d’être à la maison pour vous caler un peu plus sur l’heure solaire que sur l’heure des cours de la bourse. Vous pouvez faire l’expérience en disposant dehors n’importe quel objet fin à la verticale et quand son ombre sera au nord, il sera midi au soleil. Croyez-moi, vous serez surprise (3/4 d’heure d’écart naturel entre Brest et Strasbourg, ça fait réfléchir)…

11. Vous n’êtes pas obligée de faire un compte rendu quotidien à votre mari.

Les premières années, je racontais TOUTE ma journée à mon mari le soir. Je pensais que c’était cela la fameuse communication dans le couple. Je n’omettais aucun détail sur la façon dont notre enfant avait prononcé telle ou telle lettre. Et surtout je lui faisais part de toutes mes inquiétudes de la journée. Le problème c’est que l’école à la maison a progressivement pris beaucoup de place dans notre foyer. Je parlais école à la maison, je lisais école à la maison, je dormais école à la maison, bref c’était devenu le centre de ma vie. C’est normal parce qu’au début c’est un choix tellement « révolutionnaire » qu’il faut beaucoup de conversations pour épuiser le sujet. Et parce qu’il demande beaucoup d’investissement personnel. Mais à un moment donné, avec plusieurs enfants instruits ainsi, on frôle l’overdose. Il faut alors lui donner moins d’importance et le remettre à sa place. Prendre du recul. Et rééquilibrer les choses. Le couple avant tout. Après Dieu bien sûr. Mais le couple avant tout le reste. Votre mari a aussi les soucis de sa charge de travail, vous ne pouvez pas lui imposer en plus ceux de la vôtre. Bien sûr que vous pouvez (devriez même) lui demander conseil mais n’attendez pas de lui qu’il ait toutes les réponses à vos questions. A vous de vous former sur le sujet, posez des milliards de questions à celles qui pratiquent l’école à la maison. D’une, elles seront ravies de partager leur expérience et de deux, vous aurez plusieurs sons de cloches (mais n’allez surtout pas vous comparer). Vous avez la chance de pratiquer l’école à la maison à une époque où l’information sur le sujet est surabondante sur internet. Profitez-en ! Cela fait partie de votre mission. Consacrez au moins une heure de lecture par semaine sur ce sujet. Et après, vous en discutez en couple, vous pesez le pour et le contre, vous argumentez, c’est passionnant et enrichissant. Parce que là vous placez votre mari en amont dans la conversation. Pas en aval comme dans les discussions peu fructueuses du soir où finalement sur un problème rencontré vous attendez plus sa compréhension et sa compassion alors que lui croit devoir vous apporter une solution.

En conclusion, je vous invite à écrire sur un papier tous les raisons pour lesquelles vous avez décidé cette année de faire l’école à la maison. Détaillez, écrivez bien pourquoi, et puis encore pourquoi. Et enfin le pourquoi du pourquoi. Creusez d’avantage, vous arriverez aux vraies raisons. Conservez soigneusement cette note dans un coin. A ne relire que dans 4 ou 5 mois.

2 réflexions au sujet de « Réduire la pression : 11 choses que vous n’êtes pas obligée de faire. »

  1. Bonsoir,
    c’est toujours un plaisir de lire vos billets. Je remarque à propos de celui-ci que nous avons sensiblement le même vécu (plusieurs enfants instruits par la maman, mêmes priorités dans la vie et pour nos enfants, catho tradi, vivant loin, bien loin de la ville, etc.).
    Je partage à 100% les points 2, 3, 5 et 11. Je n’avais pas vu le samedi sous cet angle, merci point 6 ! Quand aux 8, 9 et 10, ils me semblent tellement évident… 😉
    Vivement le prochain !

    1. Merci Emma, oui il faut éviter de se retrouver le samedi matin avec une maison sens dessus sens dessous, c’est déprimant.

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