La classe de sciences ou l’enseignement de la théorie du complot

Si vous assurez aussi les années de primaire auprès de vos petites têtes blondes, vous aurez à partir du CE1 la leçon de choses. Ou les sciences si vous préférez. Matière chère à notre République qui s’imagine que nous maintenons nos enfants ignorants et croyants plutôt qu’instruits et athées. Vous pensez que j’exagère à nouveau. Et bien non, pas cette fois-ci. Voici un bon manuel scolaire que je vous conseille.

Vous pouvez vous appuyer sur La classe de sciences du botaniste Georges Colomb publiée chez Armand Colin. Très pédagogue, complet et à un prix raisonnable. Adapté aux mères qui ont du mal à répondre aux insatiables curieux de 8-10 ans.

Son style d’écriture conviendra aussi bien à un bon qu’à un mauvais lecteur. Les 500 illustrations (de l’auteur) en noir et blanc sont claires et instructives. En plus, l’élève peut les recopier. Ce sont de vrais dessins. Pas des images d’ordinateurs. Au sommaire, vous resterez stupéfaite quelques instants en découvrant les chapitres entiers supprimés au fil des ans. Voici le plan de l’ouvrage en 6 parties :

– les animaux (vertébrés et invertébrés)

– les plantes (organes, racine, variétés, tige, feuille, fleur)

– les minéraux (roches de terre et roches cristallines)

– les roches (chacune expliquée en détail)

– les métaux (caractères, utilité, alliage)

– les aliments (pain, lait, gibier, élevage, miel, sel et sucre)

– les boissons (eau et liqueurs fermentées)

– les vêtements (tissus, fourrures et soie)

– l’agriculture et l’horticulture (pratiques agricoles, arbres de la forêt)

– l’hygiène (de la personne)

Tout cela avec leçons, applications et résumés bien entendu. C’est limpide et passionnant.

Voilà je pourrais m’arrêter ici mais en relisant la préface du livre pour préparer cet article, j’ai trouvé un rapprochement étrange avec l’actualité sur les feillequ’niouses.

La première préface, celle de l’éditeur, est contemporaine et ne fait que nous conforter dans l’opinion que c’est bien à la République que nous devons l’enseignement obligatoire des sciences, supposé éclairer nos esprits superstitieux :

« En pédagogue enthousiaste, Georges Colomb ne cessera de promouvoir ses chères sciences comme avec cet Enseignement scientifique à l’école, paru pour la première fois en 1919 et destiné aux enfants des écoles primaires du niveau élémentaire. La leçon de choses et l’enseignement scientifique à l’école primaire, inscrits dans les programmes dès 1833 par François Guizot, sont devenus à la fin du XIXème siècle un des piliers de l’enseignement républicain, dont Jules Ferry vante « les vertus éducatives ». Cette « science vertueuse » se veut l’instrument de la « refondation républicaine de l’école » car, comme le proclame Paul Bert, les « sciences peuvent seules enseigner la non-crédulité sans enseigner le scepticisme, ce suicide de la raison.»

Pas la peine de citer d’avantage (préface complète ici), vous connaissez déjà l’esprit de l’époque. Ce qui vous intéressera peut-être, c’est la suite. La préface de Georges Colomb, « humaniste et chaleureux, artisan malicieux de la gloire de la science prônée par la Troisième République » selon l’éditeur. Il s’adresse aux enfants et leur explique qu’il ne suffit pas de voir mais de regarder « car tout est là : il faut savoir regarder ce que l’on voit, écouter ce que l’on entend et palper ce que l’on touche, en un mot, observer. ». Il conclut ainsi en parlant de son manuel :

« Tenez ! il faut se conduire tout le temps comme si on soupçonnait le livre de vous raconter quelquefois des mensonges ou de vous dire des choses fausses ; vous devez donc vérifier, contrôler ce qu’il vous dit toutes les fois que c’est possible ; vous prendrez ainsi l’habitude d’observer et de critiquer vos observations et vous deviendrez, de cette façon, des hommes raisonnables qui ne seront plus dupes des mots, c’est-à-dire des hommes de bons sens, des esprits équilibrés, des hommes de progrès ainsi qu’il convient que soient de bons Français. »

Vous avez bien lu. Vous devez apprendre à vos enfants à remettre en question tout ce que les livres d’école leur disent à chaque fois que c’est possible. « Dis Maître, on peut raisonner pareil avec les journaux ? »

Reposez en paix Monsieur Colomb, les bons Français sont de retour.

 

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