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Mercredi 13 février

   Plaçons-nous à côté de ces jolis insouciants [les enfants] et méditons […] sur leurs personnes si troublantes par tout l’avenir qu’ils tiennent enclos.

Au premier âge, en effet, les influences sont recueillies avec une facilité, un involontaire empressement, qui devrait incliner tous ceux qui côtoient une âme jeune à d’infinies prudences.

S’il est vrai qu’on ne sait jamais où va porter tel geste ou tel mot dit ou fait devant n’importe qui, à bien plus forte raison doit-on avouer son ignorance si le témoin est un enfant?

Or, souvent, quelles libertés ne s’accorde-t-on pas devant ces redoutables enregistreurs. On accomplit tout, on parle de tout, on laisse tout voir. Il est entendu que ce qui est osé ou immoral, « ils » ne le comprennent pas.

Sait-on jamais ? Même si l’enfant ne comprend pas tout, il saisit au vol certains détails, ou il s’interroge pour en deviner d’autres; heureux encore si, tout à l’heure, il ne va pas s’empresser de questionner tel compagnon ou telle compagne pour avoir la clef du secret.

Et l’on croit cela sans portée ? Mais rien n’est sans portée de ce qui se dit ou se fait devant un enfant; rien n’est sans portée de ce qu’un enfant peut lire ou voir. Tout peut exercer sur lui une action, d’autant plus que son âme résiste moins aux impressions qu’elle reçoit. Elle n’est point trempée encore. Le fer est chauffé, malléable. Un ou deux coups de marteau bien ou mal donnés peuvent en faire une arme pour Dieu ou pour Satan.

Quand on a devant les yeux cette pensée de l’influence prodigieuse des premières impressions de jeunesse*, comme il est triste de songer que beaucoup ne songent pas à rendre ces impressions les plus pures, les plus élevantes possible.

On manque de psychologie, sinon toujours de sens moral, et de chacune de nos fautes ou de chacune de nos erreurs, commises devant ces gracieux et dangereux témoins, un souvenir va se fixer, – jeté dans un coin de leur cerveau comme un jouet défraîchi dans un fond d’armoire. Au moment, ils n’ont pas saisi. Soyez tranquille. Un jour, ils saisiront, – et quel sera le premier responsable ?

Raoul PLUS, S.J., Le Christ dans nos frères (1924)

* « Un baiser de ma mère, disait l’Anglais West, a fait de moi un peintre »

La Résurrection par Benjamin West

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